mai 21, 2026

"La formation a son rôle à jouer."

Se former pour s’engager grâce aux Premiers secours de la planète

Une interview croisée avec Chloé Altwegg-Boussac, Déléguée générale et Mathilde Yahiaoui, Chargée de missions politiques publiques et formations au sein de l’Union nationale des acteurs de formation et de recherche en intervention sociale (Unaforis).

Depuis 2024, l’Institut de l’Engagement et l’Unaforis ont collaboré pour proposer le Brevet Premiers Secours de la Planète aux établissements de formation en travail social membres du réseau de l’Unaforis. Ce Brevet, créé par l’Institut de l’Engagement avec l’appui du CNRS, est une sensibilisation en 2h30 sur le climat et la biodiversité permettant de s’informer et de s’engager, à destination de toutes et tous. Grâce à cette collaboration avec l’Unaforis, ce sont déjà six écoles du travail social qui ont intégré le Brevet à leurs cursus de formation.

Pourriez-vous présenter l’Unaforis et ses actions ?

Chloé Altwegg-Boussac : L’Unaforis est l’Union Nationale des Acteurs et de FOrmation et de Recherche en Intervention Sociale. Cette union regroupe une centaine d’établissements adhérents qui forment à tous les métiers du secteur de l’intervention sociale, en formation initiale ou continue, de l’infra bac à la recherche.

À l’Unaforis, nous travaillons à l’amélioration des contenus de formation, des manières de former et nous soutenons l’appareil de formation qui traverse des transformations structurelles profondes. Pour cela nous sommes en lien avec les pouvoirs publics et les fédérations nationales pour représenter les établissements de formation et nous portons un certain nombre de projets mis en œuvre sur les territoires. Nous avons installé une réflexion prospective qui nous incite à faire l’exercice de nous situer dans les vingt, trente prochaines années pour anticiper les futurs besoins sociaux, l’évolution possible des pratiques professionnelles et les compétences des futurs travailleurs et travailleuses sociaux importantes à développer pour l’avenir. Nous avons donc de forts enjeux concernant l’évolution des formations et des diplômes car ils sont fortement liés aux besoins du terrain, qui eux ne cessent de se transformer.

Pourquoi avoir choisi de travailler avec l’Institut de l’Engagement ? Quelle forme prend votre collaboration avec cette association ? 

Chloé Altwegg-Boussac : Nous avons en commun entre autres une certaine réflexion autour de l’engagement. Les jeunes qui s’inscrivent dans les projets de l’Institut de l’engagement ont des profils qui peuvent être amenés à travailler dans le champ de l’intervention sociale, ou bien avoir été amenés à y mettre un pied, déjà par le passé, pendant un Service Civique par exemple. De mon point de vue, il y a beaucoup d’enjeux que l’Institut de l’Engagement traite qui peuvent avoir une certaine porosité avec le champ de l’action sociale, par exemple en ce qui concerne les questions environnementales sur lesquelles vous travaillez : les personnes qui sont impactées par les problématiques environnementales vont aussi être confrontées à des problématiques sociales.

Mathilde Yahiaoui : Dans le contexte de la crise d’attractivité du secteur également, nos écoles sont intéressées par le fait de pouvoir approcher des jeunes qui ont déjà cette sensibilité aux thématiques sociales.

Selon vous, pourquoi est-ce qu’il est important d’aborder l’environnement dans la formation des travailleurs et travailleuses sociaux ?

Chloé Altwegg-Boussac : D’abord ce sont des sujets d’avenir, je crois que c’est assez incontournable de travailler ces sujets. D’ailleurs tous les secteurs de la société ont à se questionner sur la façon dont ils vont pouvoir appréhender les impacts des dérèglements climatiques en lien avec leurs sujets. C’est une nécessité sociétale, mais qui est un réel enjeu dans le champ social car on constate que ces dérèglements vont toucher les populations les plus fragiles en premier lieu. Donc ça a un sens particulier dans le champ du travail social qui est amené à travailler avec des populations en situation de vulnérabilité, quelle que soit la forme que cette vulnérabilité peut prendre.

Mathilde Yahiaoui : Le point principal me semble-t-il est que la formation a aussi son rôle à jouer pour éviter qu’il y ait une accumulation trop importante des difficultés pour les publics qui sont pris en charge par les travailleuses et travailleurs sociaux. Par conséquent, le professionnel va devoir adapter ses pratiques face aux nouveaux besoins engendrés par l’évolution des situations de vulnérabilité. Cette question de l’adaptation nécessite d’être anticipée dès maintenant pour atténuer les effets qu’il pourrait y avoir à terme, et pour accompagner du mieux possible les publics confrontés directement à ces changements.

Chloé Altwegg-Boussac : Nous essayons d’avoir une approche globale dans l’intégration des enjeux climatiques en faisant intervenir des personnes qui travaillent sur ces questions, et non pas seulement en partant de nos propres problématiques pour aborder ce sujet.

Pour les établissements de formation membres de l’Unaforis, est-ce que le Brevet Premiers Secours de la Planète répond à un besoin particulier ?  

Mathilde Yahiaoui : Nos écoles sont très soucieuses des enjeux climatiques qui continuent de prendre de l’ampleur. C’est pour cette raison qu’elles veulent s’emparer de la question, d’autant plus que les publics dont les futurs professionnels vont avoir la charge en seront lourdement impactés. Le Brevet Premiers Secours de la Planète est apparu comme un outil déjà existant et qui a bien été accueilli. Le format aussi correspondait bien, donc plusieurs écoles l’ont mis en œuvre.

Sur le plan des thématiques, il aborde des angles intéressants, notamment celui de la justice sociale avec l’impact de l’environnement sur la santé. Il permet également de traiter des préoccupations que les écoles peuvent avoir et d’articuler les questions de précarité et les questions sociales avec les questions climatiques.

L’Unaforis est aussi partenaire du programme « lauréats » de l’Institut de l’Engagement. Qu’est-ce que ce programme peut apporter aux écoles du travail social ?

Chloé Altwegg-Boussac : Les lauréats de l’Institut ont certainement un attrait plus prononcé pour le social. Par exemple, dans notre secteur, la proportion de personnes qui ont fait un Service Civique est plus importante que dans d’autres secteurs. C’est toute la dimension de l’engagement et de l’intérêt général qui est commune à nos actions.

Quelles sont les futures actions en faveur d’enjeux sociaux que vous souhaiteriez mettre en place à l’avenir ?

Chloé Altwegg-Boussac : Je pense que l’on pourrait travailler davantage sur la valorisation de l’engagement, il faudrait le développer et le formaliser. C’est un sujet qui revient beaucoup dans les formations du travail social car c’est valorisé dans l’accès au diplôme.

Mathilde Yahiaoui : On pourrait également aborder d’autres sujets. J’ai vu que l’Institut de l’Engagement développe un projet sur le numérique responsable, au même titre que le Brevet Premiers Secours de la Planète. Les enjeux numériques et de l’IA générative sont des thèmes d’actualité qui intéressent beaucoup nos écoles…

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