Témoignage d’une actrice engagée, Sandrine Labielle, Professeure de lycée professionnel maths & sciences au Lycée Professionnel André Campa à Jurançon.
Depuis mai 2025, l’Institut de l’Engagement et le CNRS ont lancé l’Initiation aux Premiers secours de la planète : deux parcours de sensibilisation en ligne à destination des 10-14 ans et des 15-25 ans. À partir de situations de la vie quotidienne, ils abordent les enjeux essentiels du climat et de la biodiversité, tout en proposant des actions concrètes et accessibles pour s’engager.
Parlez-nous de vos engagements en tant qu’enseignante et de ceux de votre lycée.
Notre établissement a toujours œuvré autour des « thématiques » définies par les ODD (Objectifs du Développement Durable). C’est donc tout naturellement que nous avons candidaté et obtenu le LABEL E3D (Etablissement engagé en Démarche de Développement Durable) en 2021. J’occupe la fonction de référente E3D. Je suis en charge de recenser les actions menées par les collègues et de leur communiquer celles en lien avec les ODD qui pourraient les intéresser. À ce titre, de nombreuses initiatives sont déjà engagées : les élèves du parcours de formation aux métiers de la mode participent à des actions solidaires comme Octobre Rose ; les élèves du parcours opérateurs logistiques collaborent avec les Restos du Cœur pour organiser des collectes alimentaires; l’infirmière développe plusieurs projets en lien avec les ODD autour de l’égalité de genre, de l’alimentation, de la santé mentale, de la lutte contre les inégalités et les discriminations ; enfin, certains collègues mènent avec leurs élèves des actions en partenariat local autour de la prévention et du développement durable. J’accompagne aussi les éco-délégués à la fois dans leur formation mais aussi dans la mise en œuvre de leurs envies de projets.
Comment avez-vous intégré l’Initiation aux Premiers Secours de la planète dans le parcours des élèves que vous accompagné ?
En tant qu’établissement labélisé E3D, il est tout naturel de sensibiliser un maximum d’élèves autour des ODD, au-delà des missions que porte chaque élève éco-délégué. J’ai donc proposé à un groupe d’élèves de Tale (Terminale) BAC PRO ainsi qu’à une classe de 2nd BAC PRO, de passer collectivement cette Initiation aux Premiers secours de la planète pendant un temps de cours.
A quel besoin est-ce que ce parcours de sensibilisation répondait ?
Ce parcours répondait, et répond, à la fois à la nécessité d’informer en permanence les élèves dans un monde où les fake news et les réseaux sociaux saturent nos élèves de désinformation mais aussi à une volonté de développer chez nos élèves leur esprit critique. Ce parcours permet de rendre concrète la nécessité d’agir.
Qu’est-ce qui vous a le plus plu dans ces parcours ?
Le fait de commencer par un petit questionnaire est très intéressant car les questions balayent plusieurs domaines. Ensuite l’aspect parcours (3 entrées) dans lesquels on trouve différentes sources permet d’aborder avec nos élèves l’EMI (Education aux Médias et à l’Information). J’ai trouvé aussi très intéressant la diversité des supports proposés (graphiques, cartes, vidéos) car cela permet de présenter l’information de différentes manières, tout en s’appuyant sur des sources fiables.
La flexibilité du parcours est aussi un point très important : tout enseignant peut le mettre en œuvre avec sa classe, sans qu’il soit nécessaire de le réserver ou de le flécher spécifiquement aux éco-délégués. Lors de ces deux séances, le parcours n’a pas été achevé car les élèves ont beaucoup échangé et j’ai préféré privilégier les interactions plutôt que de tout faire.
Qu’est-ce qui, d’après vous, différencie cet outil des autres formats de sensibilisation aux enjeux environnementaux ?
Nos élèves sont friands de ce type de format qui propose une approche « ludifiée » donc ils adhérent très facilement à ce typé d’outil. Le point fort de celui-là est la possibilité de passer les questions si on a envie.
Le fait que les questions collent à l’actualité est très parlant pour nos élèves. Par exemple, nous avons travaillé le module sur la fast fashion au moment du scandale autour de Shein et des produits controversés. Cela a constitué un point d’appui très pertinent pour interroger la manière dont on reçoit l’information : « qu’est-ce que l’on retient réellement ? Comment prendre du recul ? Que fait-on de ce que l’on voit ou entend ? ». Cette réflexion a naturellement ouvert la discussion sur les conditions de fabrication des vêtements, l’origine des produits et le fait qu’ils ne respectent pas un mode de production responsable. Par ailleurs, nous sommes dans une région marquée par les incendies à Arcachon : ce sont des événements récents, concrets, qui parlent aux élèves et qui rendent les thématiques du premier module encore plus tangibles.
Selon vous, quelle est la place des jeunes dans la transition écologique en France aujourd’hui ? Sont-ils véritablement acteurs du changement ou sont-ils encore trop marginalisés dans ce processus ?
Concernant ces questions de transition écologique, les jeunes sont sur-sollicités autour de ces questions donc l’information est bien présente. Quand j’échange avec eux, je constate que les profils sont très différents. Certains élèves sont très engagés, d’autres élèves ont conscience de la situation mais ne savent pas toujours comment agir (modèle parental qui ne trie pas, difficulté d’accès au tri), pour d’autres, ce n’est tout simplement pas une priorité.
J’enseigne dans un lycée professionnel et selon les filières, la transition écologique entraîne déjà des évolutions des métiers. Dans les métiers de la mode, par exemple, les élèves travaillent de plus en plus la question du textile responsable : ils apprennent à limiter le gaspillage et à réutiliser les chutes pour créer de nouvelles pièces. De nombreux projets s’inscrivent dans une démarche éco-responsable, comme la conception d’objets ou d’outils à partir de matériaux recyclés. Dans la filière automobile, la formation reste encore majoritairement centrée sur les moteurs thermiques, mais l’évolution vers l’électrique est inévitable. Enfin, dans les métiers de l’électricité, la transition est déjà très concrète, avec le développement de la domotique et l’installation de panneaux photovoltaïques. Il faut donc faire confiance à nos jeunes qui finiront par être tous acteurs du changement !
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